Les Echos - Olivier Tosseri

«En Italie, entreprises et citoyens ont besoin de simplicité administrative»

14 Giugno 2016

Elle est l’un des visages du Renzianisme qui rajeunit et modernise la vie politique italienne. Marianna Madia, 34 ans, ministre de la Simplification et de l’Administration publique a donné son nom à l’une des réformes phares du gouvernement Renzi. Adoptée à l’été 2015, ses derniers décrets législatifs sont adoptés en conseil des ministres ce mercredi. Elle prévoit notamment la lutte contre l’absentéisme des fonctionnaires, un toit à la rémunération des dirigeants de la fonction publique avec une incitation à plus de mobilité géographique. Plus de méritocratie et moins de bureaucratie pour faciliter la vie des entreprises et des citoyens.

La lutte contre la bureaucratie est un serpent de mer de la politique italienne. Pourquoi seriez-vous plus en mesure de réussir là où vos prédécesseurs ont échoué?
Ils avaient surtout une approche sectorielle. La plupart du temps, la réforme avait comme priorité une modification d'une partie de la machine bureaucratique, en interne. Ma perspective est différente, elle regarde vers l'extérieur, vers le pays. Je me demande ce qui sert aux citoyens et aux entreprises. Il faut leur donner des certitudes concernant les règlements et la durée des procédures.

De quoi ont besoin les citoyens et les entreprises, selon vous?
De simplicité, pour ne pas entraver leurs droits et leurs opportunités. Elle sera possible par l'usage des nouvelles technologies dans un effort de transparence accrue. Je tiens ainsi beaucoup à la norme baptisée « Freedom of Information Act » qui permet aux citoyens de consulter les documents que l'administration a en sa possession. Mais c'est la numérisation qui est au coeur de la réforme. Elle ne doit pas être vécue comme une obligation pour l'administration, mais comme une opportunité pour les usagers. C'est ce que j'appelle la citoyenneté numérique, avec le lancement du SPID (Système Public d'Identité Digitale). Un nom d'utilisateur et un code Pin unique permettent d'accéder à 600 services de la fonction publique mais aussi, dans le futur au services du secteur privé, comme les banques par exemple, qui sont utiles aux citoyens dans leur vie quotidienne. Nous sommes en train d'accélérer l'entrée dans le système de tous les services administratifs au niveau local et national, qui devrait être finalisée d'ici à la fin 2017.

Cette simplification apparaît extrêmement longue et difficile dans son parcours législatif.
Il n'y a pas que l'adoption des décrets législatifs, dont le parcours parlementaire touche à sa fin. Il y a aussi et surtout leur mise en oeuvre. Par le passé, des gouvernements se sont désintéressés de cette phase importante malgré l'adoption de bonnes mesures. J'ai conscience qu'un pays ne se change pas seulement avec les lois et c'est avant tout vrai pour l'administration publique. C'est un effort collectif qu'il faut mener.

Vous privilégiez les besoins des citoyens et des enteprises, mais qu'en est-il de ceux d'une administration où les fonctionnaires sont parmi les moins bien payés d'Europe?
En effet, la crise et les politiques d'austérité qui en ont été la conséquence ont conduit à un gel des salaires. A la veille de la réouverture de la saison contractuelle, la priorité est de soutenir les travailleurs qui ont le plus souffert de la crise, ceux qui gagnent 200.000 euros peuvent attendre. Le gouvernement sera également attentif aux exigences des différentes administrations dans l'organisation des prochains concours. Si nous avons besoin de plus de médecins ou d'enseignants nous n'allons pas faire entrer des employés dans les ministères. Nous réduirons de manière stricte les sociétés à participation publique qui ont connu une certaine inflation ces dernières années. Pour améliorer l'efficacité et le coût des services, nous supprimerons celles qui ne servent pas l'intérêt général.

Matteo Renzi voulait «récompenser les bons fonctionnaires et punir les fainéants». Comment mettre en oeuvre cette méritocratie?
Avec la mobilité entre les différentes administrations, nous avons également imposé un plafond de 240.000 euros annuels à la rémunération des dirigeants publics. Ils seront évalués, ce qui déterminera l'évolution de leur carrière qui ne sera plus linéaire et sera moins dépendante du monde politique. Les fonctionnaires absentéistes pourront enfin être plus facilement et rapidement licenciés, et les dirigeants qui rechigneront devront rendre des comptes. Je veux rendre sa valeur au service de l'Etat, qui est avant tout celui des citoyens.